La société espagnole rouvre l'un des chapitres les plus sensibles de son histoire moderne. Le quotidien El País a publié les résultats d'une enquête de longue haleine qui évalue à plus de 3 000 le nombre de personnes ayant subi des abus sexuels en tant que mineurs dans des établissements catholiques. Les résultats sont basés sur une enquête lancée en 2018 et représentent l'image la plus complète à ce jour de l'étendue du problème dans le pays.

Selon le journal, quelque 1 600 personnes, dont des prêtres et d'autres membres de communautés ecclésiastiques, sont accusées d'avoir commis des abus. Les conclusions ont été communiquées à des institutions telles que la Conférence épiscopale espagnole, le Saint-Siège et le médiateur espagnol Defensor del Pueblo, ce qui souligne la gravité de l'affaire.

L'enquête du journal fait suite à un débat plus large qui a eu lieu en Espagne ces dernières années. L'enquête menée en 2023 par le bureau du médiateur a constitué un moment clé, puisqu'elle suggère que jusqu'à 1,13 % de la population adulte - soit quelque 440 000 personnes - pourrait avoir été exposée à des abus sexuels dans l'enfance, dans un cadre catholique. Cette estimation dépasse de loin les cas réels documentés et suggère que l'étendue réelle du problème pourrait être beaucoup plus large.

En réponse à des conclusions similaires dans le passé, l'Église catholique espagnole s'est engagée à coopérer avec les enquêteurs et à faire preuve d'une plus grande transparence. Cependant, ses détracteurs soulignent depuis longtemps la lenteur des changements et le manque de soutien aux victimes. La publication des données par El País est donc considérée comme une pression supplémentaire sur les institutions pour qu'elles prennent des mesures concrètes.

La question des abus sexuels dans l'Église ne se limite pas à l'Espagne. Des scandales similaires ont secoué l'Église catholique dans le monde entier au cours des dernières décennies, entraînant des enquêtes et des réformes de grande ampleur. Mais l'affaire espagnole montre que même les pays qui ont été relativement tardifs dans le traitement du problème sont aujourd'hui confrontés à la révélation progressive de faits longtemps cachés.

Les chiffres publiés ont un impact non seulement juridique mais aussi social. Ils soulèvent des questions sur la confiance dans les institutions, la protection des enfants et la responsabilité de ceux qui sont censés protéger les plus vulnérables. Pour de nombreuses victimes, ils représentent également la possibilité que leurs expériences ne passent finalement pas inaperçues.

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