Karel Čapek fut l'un des plus grands écrivains tchèques de l'entre-deux-guerres, journaliste accompli, dramaturge et traducteur du français, jardinier passionné, photographe amateur et voyageur – tout cela était Karel Čapek, conteur souverain, mais aussi fin connaisseur de la nature humaine. Selon son ami, le journaliste Ferdinand Peroutka, il avait élevé « la littérature tchèque au rang de la littérature mondiale ». Il s'est assuré l'immortalité notamment grâce à des romans et des pièces de théâtre dans lesquels il met en garde contre l'abus du pouvoir politique ou de la technique ; ces œuvres sont toujours d'actualité aujourd'hui et sont publiées dans le monde entier.
« Mon Dieu, rends la vérité au monde ! Ce sera plus que un traité de paix, ce sera plus précieux que toute alliance. Nul, aucune nation, aucun État ne peut se sentir en sécurité tant que les relations humaines peuvent être corrompues à tout moment par des instruments de mensonge. Il n'y aura pas de sécurité, pas de traités, rien de valable et de sûr, tant que la conscience de quelque peuple que ce soit sera faussée par le mensonge délibéré. Derrière chaque mensonge vient la trahison et la violence ; chaque mensonge est une attaque contre la sécurité du monde. » – Karel Čapek, septembre 1938
Karel Antonín Čapek est né il y a 135 ans, le 9 janvier 1890, à Malé Svatoňovice près de Trutnov, dans la famille du médecin de campagne Antonín Čapek et de son épouse Božena, née Nováková, fille d'un meunier de Hronov, en tant que troisième enfant. Il avait une sœur aînée de quatre ans, Helena, et un frère aîné de trois ans, Josef. Il passa son enfance à Úpice, où la famille s'installa peu après sa naissance. Son père y exerçait comme médecin d'entreprise dans la filature locale, y fonda un musée ethnographique et devint membre du conseil municipal.
Après avoir terminé l'école primaire à Úpice en 1901, Karel fut admis au lycée de huit ans à Hradec Králové. Sa mère, femme de caractère, refusa de laisser partir seul ce garçon de onze ans, si bien que sa grand-mère maternelle veuve, Helena Novotná, vécut avec lui dans un appartement loué à Hradec et pourvut à tous les besoins de son petit-fils – qui était premier de sa classe. Celui-ci fut toutefois exclu de l'établissement pour avoir participé au comité d'une association étudiante antiautrichienne ; en septembre 1905, il rejoignit donc le lycée de Brno, où sa sœur Helena s'était mariée peu auparavant.
La famille du Dr Antonín Čapek ; debout, les enfants : Karel, Josef, Helena ; assise, la grand-mère Novotná et l'épouse Božena. Photo : Bibliothèque municipale de Žernov
À dix-sept ans, ses parents vendirent la maison d'Úpice et la famille, grand-mère comprise, s'installa à Prague, dans le quartier de Malá Strana. Karel y obtint son baccalauréat au gymnase académique en 1909, puis étudia l'esthétique et la philosophie à l'Université Charles, où il décrocha son doctorat en philosophie en 1915. Entre 1910 et 1911, il effectua un séjour d'études à l'université de Berlin et à la Sorbonne à Paris.
Dès l'âge de 21 ans, il souffrit de la maladie de Bechterew, une inflammation chronique des vertèbres, ce qui le rendit inapte au service militaire autrichien et lui évita de combattre lors de la Première Guerre mondiale, sans que les horreurs de celle-ci cessent pour autant de le marquer.
Après son doctorat, il commença par traduire des œuvres de grands poètes français tels que Victor Hugo, Charles Baudelaire ou Paul Verlaine, et fut brièvement précepteur chez le comte Lažanský au château de Chyše, en Bohême occidentale. À l'automne 1917, il retourna à Prague et entama une carrière de journaliste. Avec son frère Josef, il devint rédacteur dans plusieurs quotidiens et revues – aux Národní listy (1917–1921), à l'hebdomadaire Nebojsa (1918–1920) et aux Lidové noviny (à partir de 1921).
C'était un conteur souverain et un maître du verbe, capable d'allier style journalistique et style littéraire, langue soutenue et langue parlée ou argot. Dans ses articles et essais, il expérimentait souvent avec la langue et créait de nouvelles formes littéraires. Ses feuilletons, courts articles souvent humoristiques commentant l'actualité sociale ou politique, devinrent très populaires et les lecteurs les aimaient pour leur esprit et leur profondeur. Ils furent ensuite publiés en volumes (L'Année du jardinier, Comment on fait les choses, Des affaires publiques ou Zoón politikon).
Karel Čapek était aussi un voyageur passionné. Il se déplaçait principalement en train ; ce n'est qu'au cours des trois dernières années de sa vie qu'il adopta l'automobile, mais, trop émotif, il ne put obtenir son permis de conduire. Il possédait une Škoda Popular que conduisait son épouse Olga Scheinpflugová. Il ne se préparait aucunement à ses voyages, n'utilisait aucun guide, laissant les expériences au hasard. Grâce à sa connaissance des langues, cela ne lui posait aucun problème. De ses périples à travers l'Europe naquirent des articles pleins de descriptions vivantes et d'observations personnelles, publiés ensuite sous les titres Lettres d'Italie, Lettres d'Angleterre, Voyage en Espagne, Images de Hollande et Voyage vers le nord.
En 1921, Čapek obtint également un engagement au Théâtre de Vinohrady, où il officia pendant deux ans comme metteur en scène et dramaturge. Peu de temps auparavant, il avait fait la connaissance de l'actrice Olga Scheinpflugová, sa future épouse, qui joua ensuite dans ses pièces.
Dès ses débuts littéraires, Čapek acquit une reconnaissance mondiale. En 1924, les grands écrivains anglais John Galsworthy, H. G. Wells et G. B. Shaw, fondateurs du PEN Club international, l'invitèrent en Grande-Bretagne au nom du club londonien ; il y séjourna deux mois et publia au fur et à mesure dans les Lidové noviny ses impressions de voyages en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles sous le titre Lettres d'Angleterre. En raison de leur grand succès, elles furent rééditées à plusieurs reprises en tchèque et en anglais. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le livre fut particulièrement apprécié des aviateurs tchécoslovaques stationnés en Angleterre.
En 1925, Karel Čapek devint le premier président de la section tchécoslovaque du PEN Club et occupa cette fonction jusqu'en 1933.
En avril 1924, Božena Čapková mourut, et un an plus tard les deux frères quittèrent leur appartement de Malá Strana pour emménager dans une maison double à Vinohrady, quartier de Prague. Karel y habitait avec son père veuf dans une moitié, l'autre revenant au frère Josef et à sa famille, qui aménagea un atelier de peinture dans les combles. Chez Karel se réunissaient désormais régulièrement les légendaires « vendredistes », un cercle de discussion regroupant d'éminentes personnalités de la vie politique et culturelle. Parmi les habitués des vendredis figuraient le président T. G. Masaryk, Edvard Beneš, Ferdinand Peroutka, František Langer, Karel Steinbach, Eduard Bass, Karel Poláček, Václav Rabas, Jan Masaryk ou Vilém Mathesius. Les entretiens que Karel Čapek eut avec le président Masaryk entre 1928 et 1935 furent publiés en volumes sous le titre Entretiens avec T. G. Masaryk, en trois tomes au total.

Karel commença à écrire des livres avant même la Première Guerre mondiale, au début souvent en collaboration avec son frère Josef, qui était avant tout un artiste plasticien. Ensemble, ils écrivirent la comédie Le Brigand, les pièces de théâtre De la vie des insectes, L'Affaire Makropoulos et le sketch Le Jeu fatal de l'amour, le recueil de nouvelles Le Jardin de Krakonoš sur les lieux de leur jeunesse ; vinrent s'y ajouter plus tard des livres pour enfants : Neuf contes de fées, Dášenka ou la vie d'un chiot et J'avais un chien et un chat.

L'œuvre de Čapek fut marquée non seulement par son amour de la nature et des animaux, mais aussi par la révolution scientifico-technique. Craignant qu'un jour la technique ne prenne le dessus sur l'homme, il écrivit les importants romans de société La Fabrique de l'Absolu et Krakatit. Il est également l'auteur du drame R.U.R., où il employa pour la première fois le mot « robot », qu'aurait inventé son frère à partir du terme « robota » (corvée). Dans ses drames antibelligéristes et antifascistes La Guerre des salamandres, La Mère et La Maladie blanche, il aborda le danger de la guerre et la montée du fascisme. Outre ses drames, il écrivit un recueil de huit nouvelles révélant sa connaissance de la nature humaine, intitulé Nouvelles embarrassantes, ainsi que les récits policiers Histoires de la grande poche et Histoires de la petite poche. Sa trilogie de novellas Hordubal, Le Météore et La Vie ordinaire aurait inspiré l'écrivain américain Arthur Miller, auteur de Mort d'un commis voyageur. Bon nombre des œuvres de Čapek ont été adaptées au cinéma ou ont donné lieu à des productions télévisées.
En 1931, Karel Čapek fut nommé au comité permanent de littérature et des arts de la Société des Nations, et en 1935, le président de la fédération mondiale des PEN Clubs, H. G. Wells, le proposa comme son successeur, mais il déclina l'offre. Entre 1932 et 1938, il fut nominé sept fois pour le prix Nobel.
En août 1935, il épousa à la mairie de Vinohrady l'actrice Olga Scheinpflugová. Ils se connaissaient et étaient partenaires depuis 15 ans, mais ne vécurent mariés que brièvement.

Les accords de Munich et la capitulation qui s'ensuivit représentèrent un coup fatal pour Karel Čapek. Cet homme dont la conviction profonde était l'humanisme masarykien dut alors, en raison de ses opinions antifascistes et de sa renommée mondiale, faire face à la haine et à la jalousie de certains, à des persécutions sous forme de lettres anonymes, de menaces, d'appels téléphoniques...
« Je redoute la foule, elle est le plus cruel et le plus stupide de tous les éléments naturels », déclara Čapek.
Bien qu'il eût la possibilité de partir en exil en Angleterre, il refusa de quitter son pays – même si les nazis le désignèrent comme « ennemi public numéro deux ». Il se retira dans sa maison de campagne de Stará Huť près de Dobříš, qu'il appelait Strž et où se trouve aujourd'hui un mémorial Čapek. En réparant les dégâts causés aux abords de la maison par une inondation, il prit froid et une grippe se transforma en pneumonie, que son organisme affaibli ne put surmonter. Karel Čapek mourut à Prague le 25 décembre 1938, à l'âge de 48 ans, d'un œdème pulmonaire. Il est inhumé au cimetière de Vyšehrad, dans une tombe dont la pierre tombale fut conçue par son frère Josef.

Quelques mois plus tard, peu après l'invasion allemande de la Tchécoslovaquie, des agents nazis se rendirent au domicile de Čapek pour l'arrêter. Apprenant qu'il était mort, ils arrêtèrent et interrogèrent son épouse Olga, avant de la relâcher. Elle fut néanmoins contrainte de quitter le Théâtre national. Elle écrivit sur sa vie avec Karel Čapek un livre intitulé Roman tchèque.
Le frère de Karel, le peintre et écrivain Josef Čapek, fut arrêté en septembre 1939 dans le cadre de l'opération Albrecht I, visant à l'arrestation d'intellectuels et d'adversaires potentiels du régime nazi, et mourut dans le camp de concentration de Bergen-Belsen en avril 1945.
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