PARIS - La France commémore aujourd'hui l'un des anniversaires les plus douloureux de l'histoire récente : les attentats terroristes perpétrés à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre 2015, qui ont fait 132 morts et des centaines de blessés. Une „ Nuit de l'espoir “ se tient aujourd'hui dans la paroisse parisienne de Saint-Ambroise, située à quelques dizaines de mètres du Bataclan où 90 personnes ont été assassinées par des terroristes à l'époque. Le prieur de la communauté de Taizé, le frère Matthieu Prieur, réfléchit sur le mal, la douleur et la force du bien.
Ne pas oublier, ne pas succomber aux ténèbres et répondre par l'espoir.
La paroisse de Saint-Ambroise est encore profondément marquée par les attentats de 2015. Dans son église, on trouve une chapelle avec les noms de toutes les victimes. C'est l'endroit le plus visité de l'église. Le curé de la paroisse, P. Pascal Nègre, explique que l'idée d'organiser la veillée d'aujourd'hui est née d'une simple expérience humaine. Récemment, j'ai vu une mère étreindre son enfant en pleurs - et j'ai compris alors que l'on ne peut répondre à une telle douleur que par la tendresse. Pas avec beaucoup de mots, mais avec des bras ouverts„.“
Le programme débutera par une messe à 19 heures et se poursuivra jusqu'au petit matin. Au cours de la soirée, des textes spirituels, des chants et des moments de silence alterneront. L'église sera éclairée en douceur, „comme une mère embrassant son enfant qui pleure“. Le point culminant de la soirée sera l'adoration du Saint-Sacrement, qui durera jusqu'à 2 heures du matin. Le père Nègre souligne que les portes de la paroisse seront ouvertes à tous : „Face à une telle douleur, nous voulons être avec ceux qui la vivent. Et laisser place à l'espérance qui encourage.“
Frère Matthieu de Taizé : „Le bien est plus profond que le mal“.“
Dix ans après les attentats, le frère Matthieu Prieur, prieur de la communauté de Taizé, publie une réflexion spirituelle qui aborde la douleur des endeuillés, la responsabilité humaine et l'espérance qui peut surgir des ténèbres. Cette réflexion s'appuie sur deux convictions fortes : la dignité inaliénable de toute victime et le fait que le bien est toujours plus profond que le mal. La perte soudaine et violente d'un être cher est, selon le frère Matthew, une expérience qui reste à jamais gravée dans la mémoire d'une personne. „Il y a des questions qui reviennent“, écrit-il. „Aurais-je pu l'éviter ? Qu'est-ce que j'ai omis de dire ? Et pourquoi elle ou lui ?“ Ces luttes internes - la colère, le silence, l'impuissance - sont naturelles.
Et l'on se demande souvent si quelqu'un peut comprendre leur douleur. Le prieur poursuit sur ce plan personnel en nous rappelant que les victimes ne sont pas des numéros dans les statistiques. „Il s'agit de personnes qui voulaient profiter d'un vendredi soir ordinaire et qui ne voulaient blesser personne. Chacun d'entre eux avait une histoire, un visage, une relation. Frère Matthew rappelle donc aussi le sens du mot “témoin„ - martyr, d'où vient le mot “martyr„. C'est justement en étant injustement privées de leur vie que les victimes deviennent les témoins d'une vie qui ne peut être détruite parce qu'elle est un don.
Le bien est la réponse à l'absurdité qui obscurcit la dignité de l'homme.
Cette perspective le conduit à une autre idée clé : la bonté est plus profonde que le mal. Frère Matthieu cite le philosophe Paul Ricœur : „Si radical que soit le mal, il n'est pas aussi profond que la bonté“. L'horreur des attentats de l'époque a aussi suscité le mouvement inverse : l'héroïsme des sauveteurs, la solidarité spontanée des gens partout en France, les petits gestes de tendresse et d'humanité. Ces lumières au milieu des ténèbres montrent que la bonté a des racines plus fortes que la violence qui les a frappées. En même temps, Ricœur nous a rappelé que le monde d'aujourd'hui tombe facilement dans un sentiment d'absurdité et d'insignifiance. Mais c'est là que naît la protestation, le refus d'accepter le néant.
„Et c'est de la protestation que naît le témoignage“, souligne le frère Matthieu. „Le bien n'est pas seulement une réponse au mal, mais aussi à l'absurdité qui veut obscurcir la dignité humaine. Le frère Matthew conclut : “Remarquons la bonté en nous et autour de nous. Ne nous laissons pas entraîner dans l'absurdité de l'insignifiance face au mal.„ Selon le prieur de Taizé, les victimes des attentats deviennent des témoins qui, même dix ans après, peuvent nous conduire à vouloir construire des ponts entre les personnes et les nations - des ponts sur lesquels la paix et la justice peuvent se rencontrer.
Kamila Skalinová - Vatican News
Famille Chretienne.fr, La Croix.fr/gnews.cz-jav